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Consommation

Étiquetage nutritionnel obligatoire : le 5C a-t-il un avenir ?

22 octobre 2015

code couleur 5C sur les emballages

A la faveur de la nouvelle loi de santé, un nouvel étiquetage nutritionnel sous la forme d’une simple pastille de couleur est en discussion. Mais le dispositif prévu simplifie à l’extrême un projet nutritionnel aux interactions complexes. Ce qui peut s’avérer être contre-productif d’un point de vue économique. Interview de l’ANIA

Afin de faciliter l’information du consommateur, l’article 5 de la nouvelle loi de santé propose que l’étiquetage nutritionnel obligatoire soit « accompagné d’une présentation ou d’une expression complémentaire au moyen de graphiques ou symboles ». C’est le dispositif dit du code couleur 5C qui pourrait être retenu. Ce système d’étiquetage qui consiste à identifier la qualité nutritionnelle d’un produit par une pastille de couleur (vert, jaune, orange, rose, rouge) est porté par l’équipe du professeur Serge Hercberg, chef du service d’épidémiologie nutritionnelle de l’université Paris 13 et père du programme national nutrition santé.

Choisir un produit selon sa meilleure valeur nutritionnelle

De quoi s’agit-il ? « C’est un score de qualité qui, par une formule de calcul, va traduire la composition nutritionnelle d’un produit à partir de la présence d’acides gras saturés, de sucres simples, d’énergie et de sodium d’un côté, et de protéines, fibres et fruits et légumes de l’autre, explique le docteur Chantal Julia, médecin nutritionniste et maître de conférences à l’université Paris 13. Cette pastille de couleur permettra à un consommateur de choisir un produit selon sa meilleure valeur nutritionnelle en un rapide coup d’œil. » L’objectif ? Éduquer le consommateur à manger sain et donc réduire le risque de maladies cardio-vasculaires, de cancers et d’obésité.

Un système qui ne prend pas en compte les portions

Mais peut-on vraiment résumer un aliment à une pastille de couleur ? Selon le rapport du Haut Conseil de la santé publique, environ 20 % des produits actuellement en vente pourraient se voir apposer une pastille rouge, tels le beurre, l’huile, mais aussi une grande partie des biscuits apéritifs et des gâteaux sucrés. Pour l’Association nationale des industries alimentaires (Ania), « il est difficile de réduire la richesse d’un produit alimentaire à une pastille de couleur et ce système sera stigmatisant pour de nombreux produits », s’insurge Cécile Rauzy, directrice alimentation et santé de l’Ania. L’association, qui regroupe 18 fédérations sectorielles et 23 associations régionales alimentaires, pointe du doigt une lacune de l’étiquetage nutritionnel du 5C : « Il ne prend pas en compte la portion car le score nutritionnel est calculé pour 100 g ou 100 ml de produit. Or, il est différent de manger un carré de chocolat ou toute une tablette ! Le 5C est un système réducteur et simpliste, qui ne reflète pas le comportement alimentaire des Français. » De même, pour les industriels agroalimentaires, cet étiquetage ne prend pas en compte l’association des aliments, par exemple le mélange, dans un repas, de produits étiquetés verts et rouges.

Alors que la loi de santé est en cours d’adoption au Parlement*, des réunions interministerielles entre les ministères de la santé, de l’économie, de l’agriculture et du commerce extérieur ont déjà commencé début novembre. Elles devront décider du sort du 5C, dont l’existence sera formalisée dans un décret. La discussion porte aussi sur un autre étiquetage, élaboré par la Fédération du commerce et de la distribution (FCD). Il a été proposé au ministère de la santé fin octobre. Baptisé SENS, ce système d’étiquetage prend en compte la fréquence des aliments consommés, avec quatre classes définies du « très souvent » à « occasionnellement », avec éventuellement un rapport avec la portion. Contrairement au 5C, la couleur rouge a été volontairement bannie. De quoi séduire l’ANIA qui n’a eu de cesse d’appeler de ses vœux un système d’information basé sur la fréquence des aliments et la portion. Quel système aura la faveur de Marisol Touraine ? Réponse dans quelques semaines.

* La loi passe en seconde lecture à l’Assemblée nationale le 16 novembre

Caroline François © AdC

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